Valoriser le métier de manutentionnaire

Video - Valoriser le métier de manutentionnaireContexte

A la demande de la CGI (Confédération Française du commerce interentreprises) FIPES a été en charge de réaliser une étude dont l’objectif final était de fournir des éléments de réflexions dans le but de revaloriser le métier de manutentionnaire : Il s’agissait de travailler à mieux connaitre les compétences requises, déterminer les axes de revalorisation aux yeux des salariés et des employeurs en proposant des actions concrètes.
Nous avons, outre des recherches des écrits sur le sujet, une synthèse des données essentielles sur le secteur, des rencontres avec des entreprises, des agences d’intérim et des centres de formation pour recueillir des informations de terrain sur le métier, les perceptions des salariés, chefs d’entreprises, recruteurs, formateurs et enseignants, travailler avec la faculté d’Evry Val d’Essonne et notamment les étudiants en sociologie spécialité « image et société » pour les engager avec nous dans notre réflexion sur la revalorisation du métier, à travers la réalisation de cinq courts métrages.

Nous avons également demandé à une jeune thésarde de collaborer à ce travail dans le cadre de sa thèse de doctorat anthropologique qui cherche à comprendre les répercussions de la manutention dans la construction identitaire des ouvriers de la manutention pris dans une nouvelle organisation temporelle du travail : l’intérim.

Lié à une synthèse de ses travaux sur le sujet, elle nous a fourni 4 courts métrages, à la fois témoignages oraux sur leur travail et aussi témoignages visuels sur les conditions et ambiance de travail.

Video - Valoriser le métier de manutentionnaireDémarche pédagogique

Ces collaborations s’inscrivent :

– d’une part dans l’optique de participer à la mise en relation des étudiants du master 2 de sociologie, formés par leur spécialité à la réalisation de courts métrages, avec le monde de l’entreprise afin de favoriser leur insertion professionnelle et leur permettre de mieux mesurer ainsi les attentes des institutions et entreprises pour lesquelles ils pourraient être en mesure de travailler. Nous leur avons donc demandé, après une présentation des enjeux de cette étude, de se confronter au terrain afin de rendre compte par leurs réalisations d’un ressenti, d’un vécu et d’une réalité des acteurs de ce métier tant au niveau de l’encadrement, des centres de formation et agences d’intérim que des opérationnels.

– d’autre part, pour la jeune thésarde en sociologie/anthropologie, de valoriser ses travaux dans le cadre de notre étude, auprès d’une branche professionnelle et de ses entreprises adhérentes, une façon de donner un peu de visibilité à un travail universitaire bien souvent très confidentiel.

Les courts métrages

Cinq courts métrages ont été réalisés par des équipes de deux ou trois étudiants à partir de leurs rencontres et de leur tournage sur le terrain. Libre de leur choix en thème de montage et de réalisation, cette matière recueillie, à la fois témoignage d’une réalité et d’un ressenti des acteurs sur le terrain est le résultat d’un engagement que nous avons souhaité être professionnalisant pour eux.

« Une histoire de machine »

Réalisé par Audrey Lehont, Hanane Idihia et Guillaume Bouquin.

L’objectif était de montrer, à travers la transmission du savoir, la relation qui unit l’homme et la machine. Le métier de cariste est souvent un métier dont on pense qu’il est facile et à la portée de tous. Or, nous pouvons observer à travers ce film qu’il n’en est rien. Les élèves, pour qui ce stage est un renouvèlement du permis CACES, ne sont pas à l’aise avec la machine et ont même parfois une certaine appréhension.[break]

En cinéma direct, c’est-à-dire sans interview, sans intervention sur l’action, caméra au point et son direct, les étudiants ont commencé par filmer un exercice dans la classe puis sont passés dans le hangar pour y voir son application. Ils ont filmé du point de vue du formateur, en train de se déplacer d’un stagiaire à l’autre pour leur donner ses consignes, puis ont choisi de s’attacher à un stagiaire en particulier, Cumar, peut-être celui qui avait le plus de difficulté.[break]

Cette réalisation nous a permis de développer quelques réflexions particulières, à partir de l’analyse des images, sur le renouvellement du CACES tous les cinq ans, sur le temps de formation, l’approche psychopédagogique…

« Sous-sol sous contrôle »

Réalisé par Chloé Deleforge, Julie Delbecq et Anaïs Masse.

Le film se déroule dans une petite entreprise de Rungis qui achète et revend des produits laitiers. Une journée de travail filmé au côté d’un salarié qui a accepté de parler et expliquer en quoi consiste son travail au quotidien.[break]

Un suivi du salarié qui rend compte d’un professionnalisme et d’un amour du travail bien fait et fini mais également d’un encadrement parfois pesant notamment par la présence de caméras dans les entrepôts. Des réalités qui illustrent les compétences mises en jeu, à la fois techniques et relationnelles mais aussi un contrôle et une présence hiérarchique forte qu’il faut gérer au quotidien, et une nécessité de flexibilité.

« Il faut profiter de travailler »

Réalisé par Johanna Aygalenq Tomaschewski, Grégoire Bacchetta et Noémie Latour.

À la halle aux fleurs coupées du marché de Rungis, les sociétés d’importations de fleurs s’activent dès le milieu de la nuit pour tout préparer avant l’arrivée des fleuristes-acheteurs qui se fait de plus en plus tôt le matin. Une rencontre avec Sami, employé comme manutentionnaire dans une de ces sociétés. Un éclairage et une réflexion sur la manière dont il considère son travail, sur les répercussions de celui-ci sur sa vie familiale et sur sa place au sein de l’entreprise.

« Le Fenwick social »

Réalisé par Virginie Saroul, Anaïs Taracena et Constance Godet.

A travers un entretien personnel, l’évolution professionnelle d’un manutentionnaire cariste devenu chef de chantier qui livre ses impressions sur le métier, son développement sur les normes de sécurité qu’il considère comme primordiales et la nécessité que l’entreprise adopte une démarche exigeante par rapport à ce sujet : il fait état d’une véritable politique de formation aux risques et aux moyens de les prévenir au sein de son entreprise.

Concernant ce métier, pour lui accessible à tous, même sans diplôme et capacités intellectuelles, il nous fait part d’un parcours intéressant sur son évolution au sein de l’entreprise. Faisant preuve d’initiative, de responsabilité, de curiosité et d’ouverture, après avoir passé son CACES, il a réussi à se forger une évolution au sein de l’entreprise où il a trouvé une stabilité et les moyens de ses ambitions.

« En attendant »

Réalisé par Mélanie Le Cadet, Aurélien Caulier et Yaël Goujon.

Axé autour d’un personnage autonome dans son travail, qui sait ce qu’il doit faire, en rapport avec la clientèle, on voit un jeune homme évoluer avec efficacité, maitrise et précision sur son espace de travail. On ne peut s’empêcher de se poser quelques questions, quand on voit l’encombrement de l’espace de travail, sur la vigilance et l’attention que demande l’utilisation du transpalette et les risques que cela représente au quotidien.

Cette réalisation met en évidence un métier physique, dense par l’effort constant, demandant à la fois précision et rapidité. Ce court métrage illustre bien aussi les risques d’accidents du travail auxquels est soumis le salarié : risque de glissade, risque avec les transpalettes, avec les camions que l’on charge.

Quatre courts métrages ont été réalisés par Aliénor Martaud à partir de matériaux de tournage récoltés dans le cadre de sa thèse sur les répercussions de la manutention dans la construction identitaire.

Un premier dans l’entreprise Guy Charles Gaudefroy, spécialisé dans le routage, un second sur le routage de l’Oréal, un troisième sur le routage de La Halle et le quatrième étant un entretien avec le directeur d’une agence d’intérim.

« L’entreprise Guy Charles Gaudefroy, spécialisé dans le routage »

Ce court métrage rend compte à la fois d’une ambiance de travail, mais met aussi en avant à la fois des compétences comme la concentration, la précision, l’organisation de l’espace de travail et laisse une part grande à la gestuelle spécifique du métier. Un témoignage d’une employée qui estime ne pas avoir eu le choix, sans formation et qui témoigne avec fatalisme de son acceptation de la situation et des conditions de travail.

« Le routage de l’Oréal »

Une jeune intérimaire, dans le cadre d’une tâche individualisée pour favoriser la responsabilisation, témoigne de façon paradoxale d’un plaisir à aller travailler mais aussi d’un quotidien infernal. Délicatesse, précision et attention sont les maîtres mots de son travail.

« Le routage de La Halle »

Un court métrage sur le routage de La Halle, qui met en avant la coopération nécessaire et indispensable entre les membres de l’équipe et fait ressortir la complémentarité des tâches.

« Entretien avec le directeur d’une agence d’intérim »

Un dirigeant d’agence d’intérim spécialisée dans le routage parle du métier de manutentionnaire. Travail manuel, à la chaîne le plus souvent, demandant dextérité, organisation, implication et motivation. Dans des conditions souvent difficiles, face à une exigence de l’encadrement parfois élevée, il met bien en avant deux typologie de salariés : ceux sans ou peu de formation et ceux qui sont là pour un job alimentaire.

Il met en avant une évolution qui va vers l’automatisation et qui demande des formations aux nouvelles machines et outils, un métier qui oblige les intérimaires à beaucoup de disponibilité, de flexibilité et de réactivité pour répondre à des hics de travail aux seins des entreprises clientes.

Bilan

Exercices d’application d’un enseignement théorique à la fois sur la dimension technique de la réalisation et sur la dimension sociologique du sujet à traiter, les courts métrages obtenus s’inscrivent dans :

la volonté de FIPES de proposer des actions concrètes aux étudiants en rapport avec les enjeux de professionnalisation auxquels ils seront très prochainement confrontés,

le désir de les inscrire dans une demande réaliste et des préoccupations du monde professionnel,

une prise de conscience des contraintes et difficultés auxquels il faut parfois faire face pour la réalisation de ces objectifs de travail,

une volonté de donner l’opportunité à des étudiants, notamment en thèse, de diffuser vers le monde professionnel leurs travaux universitaires.

Ces productions représentent de la « matière vivante » récoltée sur le terrain, qui demandent, certes, une analyse dans le cadre d’une étude sur la revalorisation du métier de manutentionnaire mais répondent bien à la demande faite à ces étudiants de rendre compte, à travers leurs réalisations de réalités du métier et du secteur.

Si on peut toujours y voir matière à une utilisation pédagogique en centre de formation auprès des jeunes futurs manutentionnaires, ces réalisations répondent avant tout à notre souci d’être en force de propositions auprès de notre partenaire et au service du monde de l’éducation en faisant du lien avec le monde professionnel.